Les maux des mots

Les maux des mots
On peut détruire sa vie ou même le monde… en parlant !
Mag. Croissance – Décembre 94 / Janvier 95
Par Isabelle David

 

On entend souvent dire que « le monde est malade ! ».  Mais, la plupart du temps, c’est nous qui le rendons tel.  En fait, notre seul langage quotidien, même lorsqu’il ne dépasse pas le stade de la pensée, y contribue.  Les mots et les expressions que nous utilisons couramment influencent à la fois notre attitude et notre comportement envers les autres.  La parole est pouvoir.  Elle peut faire autant de dégâts qu’une bombe atomique ou s’avérer aussi bienfaisante que le meilleur des médicaments.  Il est essentiel de redécouvrir les clés d’un langage sain pour le corps et pour l’esprit et éliminer de notre vocabulaire tous les mots « toxiques » et destructeurs.

Le pouvoir des mots est immense : dans plusieurs cas, ils  font la différence entre la réussite et l’échec.  Car non seulement les mots sont-ils la source de nos émotions mais ils nous portent à l’action.  Par exemple, la liberté dont jouissent aujourd’hui les  Américains est en grande partie tributaire de ces mots, prononcés lors de leur révolte contre l’Angleterre : « Dans le cours des grands événements humains, lorsqu’un peuple doit dissoudre les liens politiques qui les attachent à un autre… ».  Cette simple déclaration d’indépendance a donné naissance à une grande nation.  Choisir judicieusement les mots pour décrire nos expériences de vie peut intensifier nos émotions ou les amoindrir.

Si vous faites un voyage merveilleux et n’avez que les mots « assez bien » ou même « pas pire » pour le décrire, vous risquez… de n’avoir rien à raconter de retour à la maison !  Les personnes qui ont un vocabulaire pauvre ou inapproprié (nous connaissons tous quelqu’un qui trouve tout « écoeurant ») appauvrissent leurs expériences de vie.  Et cela, non seulement dans leur communication avec les autres mais aussi avec elles-mêmes.  Faut-il rappeler que la pensée est formée de mots qui sont en quelque sorte projetés sur un « écran intérieur » ?  « Détester » votre travail ou votre apparence vous fera passer votre vie dans la haine, (même si ce n’est pas ce que vous voulez dire…).  Alors qu’affirmer : « je préférerais faire autre chose » ou « j’aimerais changer mon physique », en plus d’être meilleur pour votre moral, risque de vous faire passer à l’action et changer effectivement les choses.

Les émotions négatives, suscitées très souvent par des mots négatifs, nous détruisent.  Au lieu de dire: « je suis en colère » ou « cela m’enrage ! », est-il préférable de dire : « cela m’ennuie un peu » ou « cela m’indispose ».  Car la colère empêche de voir clair et la rage fait perdre le contrôle.  Et les gens qui agissent ainsi sont quasi assurés de perdre.  Changer les mots pour la décrire changent notre expérience.  Les mots peuvent nous vider de notre énergie ou, au contraire, la décupler.  Car notre cerveau aime le plaisir et déteste la souffrance.  Être « déprimé » ne peut que nous paralyser; alors que si on se dit plutôt  qu’on est « à un point tournant », eh bien ! ça va déjà mieux et on peut faire quelque chose.

DES ADOUCISSEURS

L’importance que nous  accordons aux étiquettes  modifie profondément notre perception de la réalité.  Ainsi, plusieurs personnes  aux Etats-Unis voyaient le communisme comme un danger mortel… tout en ne sachant pas du tout ce que c’était.  Durant les années cinquante, il suffisait de qualifier quelqu’un de ce terme pour qu’il devienne ostracisé et finisse en prison, dans un hôpital psychiatrique ou s’exile…

De la même façon, dès qu’une maladie est nommée, on peut remarquer que l’état du malade se détériore.  Apprenez à quelqu’un qu’il est atteint de « cancer », de « sclérose en plaques » ou de « maladie cardiaque » et son système immunitaire se mettra à se détériorer.  Dites à quelqu’un qu’il est laid, maladroit et stupide et… il agira de telle façon que ces qualificatifs se vérifieront.  Si vous dites que vous « mourez de faim » au lieu de dire que vous avez « un peu faim », vous mangerez probablement trop.  Dire à un employé ou à un enfant qu’on n’est « pas content » le mettra sur la défensive, préoccupé de se justifier.  Le temps que l’on débatte qui a raison et qui a tort… ne règle pas la situation.  Alors que dire que « quelque chose nous préoccupe un peu et qu’il serait bon d’en parler », diminue l’intensité du champ émotionnel et permet de régler le cas plus facilement.  Et… cela évite surtout de dire des choses que l’on risque de regretter par après.  Car amoindrir sa souffrance passe par l’adoucissement de celle des autres…
LE VERBE SE FAIT CHAIR

De tous temps, les maîtres spirituels ont demandé à leurs disciples de ne pas s’abandonner à des idées noires et à des pensées malsaines et exigé de contrôler leurs paroles.  Toutes les religions insistent sur l’importance des mots, dont l’influence sur leurs ouailles est reconnue par les prêtres.  Car c’est connu: « le verbe crée ! ».

Quels maux cachent les mots ?  Certaines phrases, structures et expressions nous aliènent.  Généralisations, omissions ou distorsions émaillent de nos conversations et nous donnent une représentation faussée de la réalité.  Le langage transformationnel, ainsi que certains modèles issus de la linguistique en programmation neurolinguistique (PNL) et de l’hypnose érikonienne, rejoignent à ce propos les anciennes traditions spirituelles.  C’est une technique de changement à la fois simple et efficace, qui se manifeste à travers ce que nous utilisons le plus : la parole.

La majorité d’entre nous avons appris à nous exprimer de façon incongrue et inefficace.  Par exemple, nous sommes habitués à dire ce que nous ne voulons pas au lieu d’exprimer ce que nous voulons.  Par conséquent, nous nous éloignons de notre but au lieu de nous en rapprocher.  De plus, nos conversations sont très souvent émaillées de formules négatives et de mots « toxiques » et limitatifs au lieu de termes dynamisants.  Et cela, sans compter que nous ne disons pas toujours le fond de notre pensée, ni exactement ce que nous voulons.

Afin d’y remédier, il importe de dire ce que l’on veut, de formuler sa pensée de façon positive et… de changer d’état tout en se permettant de redécouvrir l’importance d’un langage sain.

Chacun des mots que nous utilisons entre dans notre mémoire physiologique, elle-même reliée à l’apprentissage de ces termes et/ou à des émotions.  C’est tellement simple !  Nous n’avons qu’à être à l’écoute de nos paroles et corriger les failles qui s’y trouvent, afin de devenir plus positifs, plus heureux, plus agréables envers soi et envers les autres.  Ce n’est pas rien : cela peut tout simplement nous permettre d’atteindre les objectifs qu’on s’est fixés dans la vie.

1. DITES CE QUE VOUS VOULEZ

Allez vers ce dont vous voulez au lieu de ce que vous ne voulez pas.  On perd énormément d’énergie à fuir et/ou cacher les problèmes.  Par exemple, si vous êtes à la recherche de l’âme soeur, au lieu de dire : « Je cherche une personne qui n’est pas alcoolique, qui ne fume pas, qui ne… », vous devriez dire « Je cherche une personne qui est sobre, non-fumeur, qui ne.. ».

2. FORMULEZ-LE POSITIVEMENT

L’inconscient n’accepte pas la négation.  Si l’on vous enjoint de ne pas penser à un éléphant bleu avec une boucle rouge autour du cou, non seulement vous y penserez forcément en raison de l’interdit mais… pour arriver à ne pas se le représenter, votre inconscient devra tout d’abord le « voir », cet éléphant !… A chaque fois qu’on utilise une négation (ne pas), on obtient exactement l’effet contraire.  Par exemple, si vous dites à un enfant « Ne joue pas dans la rue ! », il y a de très fortes chances pour qu’il s’y jette avec enthousiasme.  Alors qu’une phrase toute simple mais positive comme : « Joue sur la pelouse ! » l’incitera davantage à obéir car cette recommandation est spécifique, formulée de façon positive et dit ce que l’on désire, plutôt que ce que l’on ne veut pas.
3. TENEZ COMPTE DE LA CHARGE EMOTIVE

Chaque mot que nous utilisons contient une charge émotive.  Et à chaque fois que nous l’utilisons, nous revivons cet état émotif; de là l’importance d’en contrôler l’influence.  Par exemple, dire : « Je suis triste » crée encore plus de tristesse dans notre subconscient.  Penser : « Je suis épuisé » nous rend encore plus fatigué.  Alors qu’il suffit d’utiliser des mots « dynamisants » pour modifier immédiatement son état.  Tout en disant la vérité, il importe de dire ce que l’on veut plutôt que ce-qu’on ne veut pas.  Par exemple, « J’apprends à me reposer », plutôt que : « Je suis épuisé »; « Je suis prêt à passer à autre chose » plutôt que : « J’en ai assez », etc.
Isabelle David
Maître Enseignant Certifié en PNL

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