On ne peut pas ne pas communiquer

Il n’est pas possible de ne pas communiquer.

C’est l’un des grands axiomes de la communication, défini par l’Ecole de Palo Alto, par Watzlawick.

On lira ici quel est ce principe, et surtout, dans nos problèmes de communication, ce que cela implique.

Au quotidien !

L’impossibilité de ne pas communiquer.

On peut en effet considérer que le comportement que nous avons a une valeur de message : Un soupir, un regard parfois, une intonation dans la voix, donnent un sens, un message. Même sans parler.

Tous nos comportements sont une forme de communication.

Et il n’y a pas de “non-comportement” :  le comportement n’a pas de contraire.

Il n’est donc pas possible de ne pas communiquer.

Même celui qui ne veut pas communiquer.

Comme un homme seul attablé dans un café, devant sa bière, le regard plongé dans son verre. Son expression, ses bras ballants, l’évitement du regard peuvent indiquer aux autres de le laisser tranquille.
D’ailleurs les autres autour de lui l’ont bien compris : ils le laissent tranquille.

Il s’agit donc la de communication non verbale. Pas besoin de parler.

De même, sans bouger, un homme endormi sur son siège dans la salle d’embarquement d’un aéroport communique : je suis fatigue, laissez moi tranquille…

Les problèmes de communication, sur la non-communication.

L’axiome décrit plus haut “on ne peut pas communiquer” n’est pas que théorique, mais a pu aider les psychologues et médecins à comprendre certaines maladies, comme la schizophrénie.

Comme l’indique Paul Watzlawick : “Ces malades font comme s’ils s’efforçaient de denier qu’ils communiquent”.

Mais comme nous l’avons vu, il n’est pas possible de ne pas communiquer, les schizophrènes “se trouvent ensuite dans l’obligation de denier aussi que leur dénégation elle-même puisse être une communication.”

Il est possible également que le malade paraisse vouloir communiquer sans accepter toutefois l’engagement inhérent à toute communication.

Ne pas vouloir communiquer, dans notre quotidien.

Au delà de certaines pathologies, dans notre quotidien, il est parfois légitime de ne pas vouloir communiquer.

“La tentative de ne pas communiquer se rencontrera dans tout contexte où il faut éviter l’engagement inhérent à toute communication.”

Parce qu’on se retrouve assis dans un train à côté d’un inconnu. Parce qu’on est fatigué. Parce qu’on n’a pas le temps.

Le refus de communiquer ?

L’axiome de Watzlawick : on ne peut pas ne pas communiquerVous venez de prendre place dans le train, pour 4 heures de trajet, et assis à côté de vous, une vieille dame commence à vous parler. Le voyage commence mal ; vous n’avez pas envie de discuter.

Dans la relation avec l’autre, les solutions possibles face a cette situation sont limitées, que Paul Watzlawick a résume à celles qui suivent :

– le rejet de la communication
– l’acceptation de la communication
– l’annulation de la communication
– le symptôme comme communication

  • Le rejet de la communication :

C’est la situation la plus radicale et claire : c’est indiquer à son locuteur que vous souhaitez ne pas discuter, que la conversation ne l’intéresse pas. Pas toujours simple à faire : Les conventions, la politesse, ou la peur d’être mal à l’aise nous empêche parfois de le faire.

  • L’acceptation de la communication :

Vous cédez à la conversation, mais vous vous limitez au strict minimum , pour éviter que la conversation rebondisse.

Car l’interlocuteur souhaitera ne pas en rester là. Et plus on en dit, plus on sent qu’il est difficile de pouvoir s’arrêter après.
Dans le domaine militaire d’ailleurs cette pratique est utilisée : “Si vous êtes fait prisonnier, ne donnez que le nom, le grade et le numéro de matricule”.
Car celui qui commence à répondre s’aperçoit vite qu’il lui est de plus en plus difficile de s’arrêter ensuite. C’est une technique qu’utilisent les spécialistes du “lavage de cerveau”

  • L’annulation de la communication :

L’annulation de la communication consiste à frapper de nullité sa propre communication ou celle de l’autre.

Nous avons vu qu’il n’est pas possible de ne pas communiquer. Ici, c’est soustraire à sa façon de communiquer une autre manière de communiquer ; afin qu’elles s’annulent.
Voici toute la panoplie de formes de communication possibles :
– Les contradictions, les incohérences : qui vont pousser l’interlocuteur à s’arrêter de lui même à bavarder…
– Les brusques changements de sujet, parler avec des phrases inachevées…
– Provoquer des malentendus, avoir un style de communication obscur, parler tout bas, avoir un style maniéré…

Paul Watzlawick prend un exemple, celui des Italiens, dans leur langage. Une expression, qui permet de ne pas communiquer :

“Parmi les nations, les Italiens sont imbattables avec leur inimitable “ma…”, qui au sens strict signifie “mais”, et dont peut se servir comme d’une exclamation exprimant le doute, le désaccord, l’ahurissement, l’indifférence, la critique, le mépris, la colère, la résignation, le sarcasme, la dénégation, et cent autres choses encore, c’est-à-dire en fin de compte rien, pour ce qui est du contenu.

  • Le symptôme comme communication

Comme nous l’avons vu, il est possible consciemment de refuser une communication : par le refus, l’acceptation contrôlée, par le gribouillage communicationnel. Il reste une possibilité, celle qui permet d’être sauf. Si on ne peut communiquer, quelque chose d’extérieur m’en empêche.

Si je ne peux communiquer, c’est grâce à une action extérieure, et j’en suis persuadé. Par exemple, c’est un mal de tête soudain, un mal à l’oreille, mon éducation, ma femme, etc…

Il s’agit presque d’une auto-persuasion.

Paul Watzlawick prend 2 exemples concrets, fruits d’analyse :

– Le cas des Américains et Russes :

Se référant à une étude de Margaret Mead, il décrit la différence de personnalité entre les Américains et les Russes. Et observe qu’”un Américain invoquera l’excuse d’une migraine pour se dispenser d’assister à une réception, alors que le Russe aura réellement la migraine. Le symptôme réel permet de jouer dans le rôle de la communication.

– La défense perceptuelle :

Paul Watzlawick se réfère à des études cliniques , de Mc Ginnies. Des sujets sont soumis à voir des mots , et ensuite d’indiquer ceux qu’ils ont vu. Dans la liste sont placés des mots violents ( tels que viol, ordure, putain ), et des mots neutres. Le sujet se remémore plus facilement des mots neutres, et non critiques. Pour éviter d’énoncer les mots violents. Le sujet a involontairement expulsé ce qui le dérangeait.

“ce n’est pas moi qui ne veux pas dire, ou faire cela , c’est quelque chose qui échappe à ma volonté”.

Les problèmes de communication, sur la non-communication sont évités, par les différents procédés évoqués plus haut.

La prise de conscience de ces échappatoires permet d’avoir le recul sur notre communication . Tel est l’enjeu des recherches de Watzlawick, et de vous, lecteurs.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *